Pop art

1955 – 1975

L'irruption de la culture de masse dans l'art

Le Pop art (de popular art) est un mouvement majeur qui s'épanouit entre 1955 et 1975, d'abord en Grande-Bretagne puis surtout aux États-Unis. Il marque une rupture franche avec l'expressionnisme abstrait qui avait dominé l'après-guerre américain : aux gestes intériorisés et aux drips de Pollock, le Pop art répond par les images de la société de consommation — boîtes de soupe, comic strips, vedettes hollywoodiennes, panneaux publicitaires, billets de banque.

Mais réduire le Pop art à un simple éloge de la consommation serait une erreur d'analyse. Sous l'apparence ludique et colorée, le mouvement opère une interrogation critique sur l'image, la reproduction industrielle, le statut du sujet artistique et la frontière de plus en plus poreuse entre culture savante et culture populaire dans les sociétés d'abondance.

Origines britanniques : l'Independent Group

Contrairement à un mythe courant, le Pop art naît à Londres vers 1952-1956, dans le sillage de l'Independent Group — collectif d'artistes, architectes et critiques (Eduardo Paolozzi, Richard Hamilton, Alison et Peter Smithson, Lawrence Alloway) qui se réunit à l'Institute of Contemporary Arts. C'est Alloway qui invente l'expression « Pop art » vers 1955.

Le collage emblématique de Richard Hamilton Just what is it that makes today's homes so different, so appealing? (1956) condense déjà toutes les obsessions à venir : intérieur domestique moderne, body-builder, pin-up, télévision, conserve, logo de marque. Tout est là, sept ans avant l'explosion américaine.

Le triomphe new-yorkais : Warhol, Lichtenstein, Rosenquist

C'est cependant à New York, autour de 1962, que le Pop art devient mouvement mondial. Andy Warhol (1928-1987), ancien illustrateur publicitaire, inonde sa Factory de boîtes de soupe Campbell, de bouteilles de Coca-Cola, de portraits sérigraphiés de Marilyn Monroe, Jackie Kennedy et Mao. Sa technique de sérigraphie mécanique, l'usage de couleurs vulgaires criardes et la répétition sérielle brouillent volontairement la distinction entre artiste et machine, original et copie.

Roy Lichtenstein (1923-1997) reprend les cases de comics sentimentaux et de guerre, qu'il agrandit en peintures monumentales en respectant les trames Benday typographiques (les fameux points). Whaam! (1963) ou Drowning Girl (1963) figurent parmi les icônes du mouvement. James Rosenquist, ancien peintre de panneaux publicitaires, applique la même échelle gigantesque à des collages de fragments commerciaux. Claes Oldenburg réalise des sculptures molles d'objets quotidiens.

Pop art californien et britannique mature

À Los Angeles, Ed Ruscha explore les enseignes commerciales, David Hockney (Britannique installé à L.A. en 1964) peint les piscines californiennes dans une lumière de carte postale. À Londres, Peter Blake — auteur de la pochette de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles (1967) — et Allen Jones prolongent la veine britannique.

Sources et techniques

Le Pop art puise massivement dans les médias de masse : photographies de presse, photogrammes de cinéma, publicités, comic strips, packaging. Cette matière première est le plus souvent transposée mécaniquement (sérigraphie, projection, agrandissement) avant d'être colorisée. La main de l'artiste est volontairement effacée — c'est le paradoxe Warhol : signer ce qu'on n'a pas peint, faire fabriquer ses œuvres par des assistants à la Factory.

Cette pratique soulève des questions esthétiques majeures : où est l'œuvre ? Dans la conception ou l'exécution ? Quel rôle pour la reproduction, l'aura, la valeur d'un objet artistique ? Le Pop art prolonge des questions ouvertes par Marcel Duchamp et les ready-mades, et anticipe les débats contemporains sur l'art postmoderne.

Postérité et héritage

Le Pop art rouvre la peinture à la figuration après vingt ans d'abstraction dominante. Il influence le néo-Pop des années 1980 (Jeff Koons, Keith Haring), l'appropriation art (Richard Prince, Sherrie Levine), et plus largement toute la culture visuelle contemporaine — y compris le street art, la mode et le design graphique. Les œuvres de Warhol et Lichtenstein figurent aujourd'hui parmi les plus chères du marché : la Silver Car Crash (Double Disaster) de Warhol s'est vendue 105 millions de dollars en 2013.

Plus profondément, le Pop art a installé l'idée que l'art peut faire feu de tout bois — qu'une boîte de conserve ou une vignette de bande dessinée peuvent constituer un sujet aussi noble qu'un nu allégorique ou un paysage classique. C'est cette ouverture qui le rend décisif dans l'histoire récente de la peinture.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates du Pop art ?

Le Pop art s'épanouit entre 1955 et 1975. Ses prémices remontent à l'Independent Group londonien (1952-1956), il devient un mouvement majeur aux États-Unis vers 1962 avec Warhol et Lichtenstein, et perd son hégémonie au milieu des années 1970 face au minimalisme et à l'art conceptuel.

Le Pop art est-il britannique ou américain ?

Les deux. Le Pop art naît à Londres dans le cercle de l'Independent Group (Hamilton, Paolozzi) vers 1955. Il devient mondial à New York autour de 1962 avec Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Une variante londonienne plus ironique (Hamilton, Blake) coexiste avec la version new-yorkaise plus mécanique.

Qui sont les artistes principaux du Pop art ?

Aux États-Unis : Andy Warhol (boîtes Campbell, Marilyn), Roy Lichtenstein (bandes dessinées agrandies), James Rosenquist, Claes Oldenburg (sculptures molles), Ed Ruscha, David Hockney. En Grande-Bretagne : Richard Hamilton, Peter Blake (pochette Sgt. Pepper), Eduardo Paolozzi, Allen Jones.

Pourquoi Warhol peint-il des boîtes de soupe Campbell ?

Pour Warhol, les boîtes Campbell (1962) condensent l'esthétique de la société de consommation américaine : produit standardisé, packaging familier, image de marque omniprésente. Il en fait l'objet d'une œuvre sérielle — 32 boîtes, une par variété — qui interroge la distinction entre image publicitaire et image artistique, entre original et reproduction industrielle.

Quelle différence entre Pop art et expressionnisme abstrait ?

L'expressionnisme abstrait (Pollock, Rothko, années 1945-1960) privilégie l'expression intérieure, le geste subjectif et l'abstraction. Le Pop art y répond par la figuration, l'image médiatique impersonnelle, la reproduction mécanique (sérigraphie). C'est un retournement esthétique et idéologique qui marque la fin de l'hégémonie new-yorkaise abstraite.