Le recto de l’œuvre, La Flagellation, présente une scène nocturne organisée en trois plans. Au premier plan, le Christ est ligoté à une colonne, torse nu, le visage baissé sous l’effet de la douleur. Deux bourreaux musclés, vêtus de tuniques colorées, l’un en rouge vif, l’autre en bleu-vert, s’apprêtent à le frapper avec des verges. Un troisième personnage, en arrière-plan, observe la scène depuis une arcade romaine partiellement ruinée, éclairée par une lumière froide provenant d’une source latérale. L’arrière-plan urbain suggère une ville en déclin, avec des ruines architecturales et une atmosphère oppressante. Le verso montre La Madone de la Miséricorde : la Vierge, drapée dans un manteau bleu profond, le bras levé, étend son vêtement protecteur sur un groupe de figures agenouillées — clercs, religieux, laïcs — représentés à une échelle réduite. La palette est dominée par les tons sombres, les rouges profonds et les bleus nuit, contrastant avec des touches de clarté sur les visages et les mains. La lumière, ciblée, sculpte les volumes et accentue le relief dramatique des corps.

La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde
Par Girolamo Romanino · ca. 1540 · Peinture à l'huile
Réalisée vers 1540, La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde est une œuvre diptyque attribuée à Girolamo Romanino, peintre maniériste actif en Vénétie et en Lombardie. Exécutée à l’huile sur panneau, cette composition double face allie un traitement dramatique de la Flagellation du Christ au recto et une représentation dévotionnelle de la Vierge à l’abri de son manteau protecteur au verso. Conservée au Metropolitan Museum of Art à New York, l’œuvre se distingue par son intensité expressive, son clair-obscur marqué et son traitement psychologique des figures, témoignant d’une sensibilité propre au maniérisme nord-italien.
Que voit-on dans La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde ?
Iconographie et symbolique de La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde
La Flagellation s’inscrit dans une tradition iconographique chrétienne bien établie, représentant l’un des épisodes clés de la Passion du Christ, souvent associé à la méditation mystique et à la pénitence. Le choix de situer la scène de nuit, sous un ciel obscur, renvoie à une lecture théologique de la Passion comme moment d’abandon et de ténèbres spirituelles, proche de l’atmosphère des Complaintes sur le Christ en croix de Giovanni Bellini ou des nocturnes de Caravage, bien que Romanino anticipe cette tendance. La présence d’un témoin impassible en arrière-plan peut évoquer le rôle du spectateur appelé à la contemplation. Le verso, La Madone de la Miséricorde, appartient à un type iconographique répandu dans l’Italie du Nord, où la Vierge, en tant que Mater Misericordiae, offre protection spirituelle à ses fidèles. Les figures agenouillées sous son manteau symbolisent l’intercession mariale et l’espérance du salut. Ce motif, fréquent dans les confréries ou les commandes paroissiales, souligne un programme dévotionnel centré sur la grâce divine et la médiation de la Vierge. L’association des deux scènes — souffrance rédemptrice et protection mariale — suggère une méditation sur la miséricorde divine à travers la Passion et l’intercession, un thème central dans la spiritualité catholique de l’époque post-tridentine naissante.
Technique et style : comment Girolamo Romanino a peint La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde
Peinte à l’huile sur panneau de bois, l’œuvre révèle une technique affirmée, avec un empâtement modéré mais expressif, particulièrement dans les drapés et les chairs modelées par un clair-obscur vigoureux. Romanino utilise une gamme chromatique restreinte, dominée par les ocres, les rouges profonds et les bleus sombres, accentuant le caractère dramatique des scènes. Le geste pictural est sûr, avec des contours parfois estompés pour renforcer l’effet de lumière et d’atmosphère. Le style s’inscrit dans le maniérisme lombard, marqué par une expressivité contenue, une composition décentrée et une tension psychologique entre les figures. Romanino, influencé par le naturalisme de Moretto da Brescia et les effets lumineux de l’école vénitienne — notamment Titien —, développe ici une approche plus intimiste et émotionnellement chargée, proche dans l’intention des Sacres Conversations du nord de l’Italie. L’attention portée aux expressions, aux regards fuyants ou absorbés, trahit une volonté de représenter non seulement l’événement, mais aussi l’intériorité des personnages, caractéristique de la peinture religieuse réformatrice du milieu du XVIe siècle.
Histoire et postérité de La Flagellation ; (revers) La Madone de la Miséricorde
Datée d’environ 1540, cette œuvre double face a très probablement été conçue comme un retable ou un objet de dévotion privée, peut-être destiné à une confrérie ou une chapelle familiale. L’identité du commanditaire reste discutée, mais son format et son programme iconographique suggèrent un usage liturgique ou méditatif. D’origine inconnue avant son entrée dans une collection privée européenne, le panneau a été acquis par le Metropolitan Museum of Art en 1976. Aucune restauration majeure n’a été documentée récemment, mais l’état de conservation est bon, avec une surface picturale stable. L’œuvre a été exposée à plusieurs reprises dans des rétrospectives sur le maniérisme italien, notamment à Venise en 2000 (Il Manierismo a Brescia) et à Paris en 2011 (Le Nord de l’Italie face à Raphaël), où elle a été mise en regard avec des œuvres de Moretto et de Savoldo. Bien que Romanino soit moins connu que ses contemporains vénitiens, cette œuvre témoigne de son importance dans le développement d’un style religieux expressif, entre naturalisme et intensité spirituelle, influençant des artistes ultérieurs comme le jeune Moroni.
Du même auteur — Girolamo Romanino
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Questions fréquentes
Qui a peint La Flagellation ; (verso) La Madone de la Miséricorde ?
Girolamo Romanino, peintre italien né en 1484 à Brescia, est l'auteur de cette œuvre. Actif durant la Renaissance dans le nord de l'Italie, il est connu pour ses compositions religieuses dynamiques. Cette toile double-face date d'environ 1540.
Quand a été réalisée cette œuvre ?
La Flagellation ; (verso) La Madone de la Miséricorde a été peinte vers 1540. Elle s'inscrit dans la maturité artistique de Romanino, pendant la Renaissance tardive. Aucune date précise n'est documentée, mais cette estimation repose sur le style et le contexte historique.
Où peut-on voir cette peinture aujourd'hui ?
L'œuvre est conservée au Metropolitan Museum of Art à New York, aux États-Unis. Elle fait partie des collections permanentes dédiées à l'art européen de la Renaissance. Les visiteurs peuvent l'admirer dans les salles consacrées à la peinture italienne du XVIe siècle.
Quel est le sujet principal de cette toile ?
Au recto, la Flagellation représente la scène biblique de la Passion du Christ, avec sa flagellation par les bourreaux. Au verso, la Madone de la Miséricorde montre la Vierge protégeant les fidèles sous son manteau. Ces thèmes illustrent la souffrance et la compassion divine dans l'iconographie chrétienne.
Pourquoi cette œuvre est-elle importante ?
Cette double-face rare met en lumière le style expressif de Romanino et les thèmes religieux de la Renaissance italienne. Elle offre un contraste entre douleur et miséricorde, enrichissant l'étude de la dévotion mariale. Sa conservation au Met Museum assure sa visibilité pour les chercheurs et le public.