Synthétisme

Mouvement issu de Pont-Aven — simplification des formes, aplats de couleurs pures, suppression du modelé. Gauguin, Bernard, Anquetin.

Auteurs majeurs

Œuvres représentatives

La rupture de Pont-Aven : peindre par synthèse

Le synthétisme désigne le mouvement pictural développé en Bretagne, à Pont-Aven et au Pouldu, à partir de 1888, autour de Paul Gauguin et Émile Bernard. Constituant le noyau théorique et stylistique de l'école de Pont-Aven, il marque l'une des ruptures majeures de la peinture européenne à la fin du XIXᵉ siècle : le passage d'un art fondé sur l'observation visuelle (impressionnisme) à un art fondé sur la synthèse mentale — couleurs simplifiées, contours marqués, hiérarchie des aplats.

Le terme « synthétisme » apparaît dans le manifeste de l'exposition organisée par Gauguin et ses amis au café Volpini lors de l'Exposition universelle de 1889 : Groupe Impressionniste et Synthétiste. Il s'oppose explicitement à l'analyse pointilliste et impressionniste : là où l'impressionnisme décompose la perception, le synthétisme recompose par simplification mentale.

Naissance : Pont-Aven, 1888

L'année 1888 est décisive. Émile Bernard (1868-1941), peintre précoce de vingt ans, arrive à Pont-Aven et y rencontre Paul Gauguin (1848-1903), de vingt ans son aîné. Bernard a peint au début de l'année Bretonnes dans la prairie (1888) — toile aux aplats colorés cernés de noir, héritière directe des vitraux, des estampes japonaises et de l'imagerie populaire d'Épinal. Cette technique sera baptisée cloisonnisme (par analogie avec les émaux cloisonnés).

Gauguin, frappé par la radicalité de Bernard, peint à l'automne 1888 La Vision après le sermon (Jacob luttant avec l'ange) (National Gallery of Scotland) — toile-manifeste où un fond rouge vermillon plat, un arbre courbe en diagonale et des Bretonnes en coiffe blanche scandent une scène entre vision et réalité. C'est le coup d'envoi du synthétisme.

La paternité exacte du mouvement a été l'objet d'une querelle violente entre Gauguin et Bernard à partir de 1891 — Bernard se sentant spolié par la célébrité grandissante de Gauguin. Aujourd'hui, l'historiographie attribue à Bernard l'antériorité technique (cloisonnisme) et à Gauguin la synthèse théorique plus large.

Les principes du synthétisme

Trois principes structurent la doctrine :

  • Synthèse de l'observation et de la mémoire : peindre non ce que l'œil voit instantanément, mais ce que l'esprit retient — Gauguin conseille à Sérusier : « Comment voyez-vous cet arbre ? Il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette. »
  • Simplification des formes : élimination des détails superflus, réduction aux contours essentiels, aplats colorés
  • Subjectivité expressive : la couleur n'est plus tributaire de la nature mais de l'émotion ressentie devant elle

Cette doctrine sera formulée par Maurice Denis (Maurice Denis) en 1890 dans une formule devenue fameuse : « Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » C'est, avec dix ans d'avance, la profession de foi du modernisme à venir.

Le groupe et ses œuvres

Autour de Gauguin et Bernard se rassemblent à Pont-Aven et au Pouldu plusieurs peintres :

  • Paul Sérusier (1864-1927) : reçoit en 1888 de Gauguin une « leçon » (au Bois d'Amour) qui devient Le Talisman (1888, Musée d'Orsay) — petite toile de cigarette où Sérusier note les couleurs sous la dictée de Gauguin. À Paris, Le Talisman devient l'image fondatrice des Nabis.
  • Charles Laval (1862-1894) : compagnon de Gauguin à la Martinique en 1887, il participe au mouvement avant sa mort prématurée.
  • Maurice Denis (1870-1943), théoricien du nabisme, prolonge le synthétisme dans la spiritualité chrétienne et l'art décoratif.
  • Meijer de Haan, Cuno Amiet, Władysław Ślewiński complètent le cercle.

Œuvres majeures

Outre les toiles déjà citées :

  • Bernard : Le Pardon des Bretonnes (1888), Madeleine au Bois d'Amour (1888) — portrait simplifié de sa sœur
  • Gauguin : Le Christ jaune (1889, Albright-Knox Buffalo), Bonjour Monsieur Gauguin (1889), La Belle Angèle (1889, Orsay)
  • Sérusier : Le Talisman (1888) déjà cité — plus tard Le Pouldu (1889)

Héritage et postérité

Après 1891, Gauguin part à Tahiti et le synthétisme proprement dit s'épuise comme mouvement de groupe. Mais son influence se diffuse massivement :

  • Il fonde le nabisme : Sérusier rapporte Le Talisman à Paris et entraîne avec lui un groupe de jeunes peintres (Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Paul Ranson, Félix Vallotton) qui se baptisent « Nabis » (« prophètes » en hébreu) — voir aussi période post-impressionnisme.
  • Il annonce le fauvisme par sa libération de la couleur (Matisse, Derain admettent la dette envers Gauguin).
  • Il influence l'expressionnisme allemand (Die Brücke en particulier) par la simplification expressive des aplats.
  • Il catalyse le primitivisme : Gauguin va chercher en Bretagne, puis en Polynésie, une forme « primitive » qui inspirera Picasso, Matisse, et toute la première avant-garde du XXᵉ siècle.

Les œuvres synthétistes sont aujourd'hui conservées au Musée d'Orsay (Paris), au Musée de Pont-Aven (cœur historique du mouvement), à la National Gallery of Scotland (Édimbourg, Vision après le sermon), au Musée des Beaux-Arts de Quimper, à Albright-Knox (Buffalo) et dans plusieurs collections internationales.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le synthétisme ?

Le synthétisme est un mouvement pictural développé en Bretagne, à Pont-Aven et au Pouldu, à partir de 1888, autour de Paul Gauguin et d'Émile Bernard. Il propose de peindre par synthèse mentale plutôt que par observation directe : aplats colorés, contours marqués, simplification des formes. Il constitue le noyau théorique de l'école de Pont-Aven.

Quelle est la différence entre synthétisme et cloisonnisme ?

Le cloisonnisme est la technique des aplats colorés cernés de noir, héritée des vitraux et des estampes japonaises — inventée par Émile Bernard en 1888. Le synthétisme est la doctrine plus large : synthétiser observation et mémoire, simplifier les formes, libérer la couleur. Cloisonnisme = procédé ; synthétisme = mouvement.

Quelle œuvre incarne le synthétisme ?

La Vision après le sermon (Jacob luttant avec l'ange) de Gauguin (1888, National Gallery of Scotland). Fond rouge vermillon plat, arbre courbe en diagonale, Bretonnes en coiffe — la toile rompt avec l'impressionnisme et installe le langage synthétiste. Le Talisman de Sérusier (1888) est l'autre œuvre fondatrice.

Quels rapports le synthétisme entretient-il avec les Nabis ?

Paul Sérusier rapporte de Pont-Aven Le Talisman (peint sous la dictée de Gauguin en 1888) et entraîne à Paris un groupe d'amis : Maurice Denis, Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Paul Ranson. Ils se baptisent Nabis (« prophètes ») et étendent le synthétisme à l'art décoratif et au symbolisme. La filiation est directe.

Pourquoi le synthétisme est-il important pour l'art moderne ?

Il marque la rupture avec l'impressionnisme et installe trois idées fondatrices : la subjectivité expressive de la couleur, la simplification des formes, et la valeur autonome de la surface peinte (Maurice Denis, 1890). Ces principes irriguent le fauvisme (Matisse), l'expressionnisme (Die Brücke), le nabisme et toute la première avant-garde du XXᵉ siècle.