africanisme

La classification automatique des œuvres et auteurs par courant sera enrichie dans une prochaine itération.

Définition et contexte

L'africanisme désigne, dans l'histoire de la peinture, le courant des artistes européens — principalement français — qui, à partir des années 1920-1930 et jusqu'aux indépendances africaines (1960), prennent l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du Nord non plus comme un décor exotique de passage, mais comme le sujet central de leur travail. Il se distingue de l'orientalisme du XIXe siècle (centré sur le Maghreb, l'Égypte, le Levant) par son extension géographique au sud du Sahara, par l'engagement plus durable des peintres sur place, et par un regard qui se veut documentaire autant que pittoresque.

Origines et institutions

L'africanisme naît du croisement entre la colonisation française, la mode des Expositions coloniales (Marseille 1906 et 1922, Paris 1931) et la quête moderniste d'une nouvelle source d'inspiration formelle après le choc de l'art africain découvert dans les ateliers de Picasso, Derain et Vlaminck vers 1907. Mais l'africanisme proprement dit n'est pas du primitivisme parisien : c'est un mouvement de peintres qui partent vivre sur place, parfois plusieurs années.

La Société des peintres orientalistes français, fondée en 1893, élargit son champ ; le Salon de la France d'outre-mer se tient à Paris entre 1937 et 1958 ; le Prix de l'Afrique occidentale française (à partir de 1924) finance des séjours d'artistes au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Soudan français. C'est par ces dispositifs institutionnels qu'une génération entière s'installe à Dakar, Bamako, Tananarive, Brazzaville.

Les figures principales

Trois noms structurent l'africanisme historique. André Lhote (1885-1962), théoricien cubiste, séjourne en Afrique de l'Ouest et synthétise les motifs locaux dans une géométrie modérée. Jean Bouchaud (1891-1977), prix de l'AOF en 1924, peint pendant trois décennies les villages, les marchés, les pirogues du Sénégal et du Niger avec une touche large et lumineuse. Pierre Combet-Descombes et Lucie Cousturier (auteur d'un livre célèbre sur ses élèves tirailleurs sénégalais) prolongent une veine plus ethnographique.

À Madagascar, Henri d'Aulnay documente les hauts plateaux ; au Maghreb, la Villa Abd-el-Tif à Alger (1907-1962) accueille en résidence les lauréats français qui prolongent l'orientalisme jusqu'aux années 1950 — Léon Cauvy, Étienne Bouchaud, Jean Launois.

Un regard ambivalent

L'africanisme est historiquement situé : il est inséparable du contexte colonial qui l'a rendu possible. Les expositions coloniales mettent en scène les colonies comme un spectacle ; les peintres en bénéficient économiquement (commandes officielles, voyages financés) et idéologiquement (l'altérité africaine est valorisée comme « authentique »). Cette dimension explique pourquoi le mouvement a longtemps été marginalisé dans l'historiographie de l'art moderne — accusé tantôt de complaisance coloniale, tantôt de retard esthétique face aux avant-gardes.

Pourtant, le travail concret de ces peintres ne se réduit pas à un cliché colonial. Beaucoup ont vécu sur place, appris des langues locales, peint des portraits respectueux de leurs voisins, fréquenté les artistes africains naissants. Lucie Cousturier, en particulier, milite contre le racisme ordinaire dans la France des années 1920. Le rapport entre africanisme européen et modernités africaines (école de Poto-Poto à Brazzaville, école de Dakar à partir des années 1960) est plus complexe qu'un simple rapport de domination.

Esthétique : entre figuration sensible et synthèse moderne

Stylistiquement, l'africanisme penche vers une figuration moderne plutôt que vers l'académisme strict. La leçon du fauvisme et du cubisme modéré est intégrée : couleurs intenses, simplification des formes, perspective parfois aplatie. Les sujets sont récurrents : marchés colorés, scènes de pirogues, danseuses, portraits de femmes en boubou, paysages de brousse, architectures de banco. Les médiums dominants sont l'huile sur toile, mais aussi l'aquarelle et la gouache, plus pratiques sur le terrain.

Postérité et réévaluation

Avec les indépendances de 1960, l'africanisme perd sa raison d'être institutionnelle. Les peintres rentrent en France, les Salons coloniaux ferment. Le mouvement est largement oublié pendant trois décennies. Sa réévaluation commence dans les années 1990 : les expositions du Musée du Quai Branly à Paris, les rétrospectives de Bouchaud et Cousturier, les travaux universitaires sur l'iconographie coloniale redonnent une visibilité à un corpus longtemps invisible. Aujourd'hui, l'africanisme est étudié à la croisée de l'histoire de l'art, de l'histoire coloniale et des visual studies — un terrain sensible où la valeur documentaire d'un tableau peut entrer en tension avec sa charge idéologique.

Distinction terminologique

Le terme « africanisme » désigne aussi, en sciences humaines, l'étude académique des sociétés africaines (linguistique, ethnologie). En histoire de la peinture, l'usage est plus restreint et désigne ce courant pictural précis. Il ne doit pas être confondu avec les arts africains eux-mêmes — masques, sculptures, peintures murales — qui constituent un champ entièrement autonome.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'africanisme en peinture ?

L'africanisme désigne le courant des peintres européens qui, entre les années 1920 et les indépendances de 1960, prennent l'Afrique subsaharienne et nord-africaine comme sujet central de leur travail. Il étend l'orientalisme du XIXe siècle au sud du Sahara et privilégie un regard documentaire vécu sur place plutôt qu'imaginé.

Quelle différence entre africanisme et orientalisme ?

L'orientalisme (XIXe siècle) couvre le Maghreb, l'Égypte et le Levant, souvent peints sans long séjour. L'africanisme (1920-1960) descend au sud du Sahara — Sénégal, Soudan, Côte d'Ivoire, Madagascar — et repose sur des séjours longs, parfois pluriannuels, financés par les institutions coloniales.

Qui sont les peintres africanistes principaux ?

Jean Bouchaud, André Lhote, Lucie Cousturier, Henri d'Aulnay, Étienne Bouchaud, Léon Cauvy, Jean Launois. Beaucoup sont passés par la Villa Abd-el-Tif à Alger ou ont reçu le Prix de l'Afrique occidentale française.

L'africanisme est-il un mouvement colonial ?

Il est historiquement situé dans le contexte colonial qui l'a rendu possible (commandes, voyages, expositions coloniales). Cela ne réduit pas chaque œuvre à un cliché de propagande : beaucoup d'artistes ont noué des relations longues et respectueuses avec leurs sujets. La réévaluation actuelle distingue l'œuvre individuelle du dispositif institutionnel.

Pourquoi l'africanisme a-t-il été oublié ?

Avec les indépendances de 1960, les Salons coloniaux ferment, les commandes disparaissent, et le contexte politique rend le mouvement gênant. Le modernisme parisien occupe l'historiographie. Une réévaluation s'engage à partir des années 1990, notamment via le Musée du Quai Branly et des rétrospectives monographiques.