d'après L'Atelier de l'artiste , Johann Georg Platzer
Orientalisme
Courant pictural du XIXᵉ siècle représentant l'Orient (Maghreb, Levant, Égypte) — Delacroix, Gérôme, Fromentin. Voyages, scènes de harem et de souk.
d'après L'Atelier de l'artiste , Johann Georg Platzer
Courant pictural du XIXᵉ siècle représentant l'Orient (Maghreb, Levant, Égypte) — Delacroix, Gérôme, Fromentin. Voyages, scènes de harem et de souk.
Article
L'orientalisme désigne le grand courant pictural européen qui, du début du XIXe siècle aux années 1900, prend pour sujet l'Orient — Maghreb, Empire ottoman, Égypte, Proche-Orient, Inde — vu et imaginé par les peintres occidentaux. Phénomène à la fois esthétique, politique et culturel, il accompagne l'expansion coloniale européenne tout en nourrissant un imaginaire fait de mystère, de luxe, de violence et de sensualité. Aujourd'hui, l'orientalisme est étudié à la fois pour ses qualités picturales et pour ses implications idéologiques, depuis le livre fondateur d'Edward Said (Orientalism, 1978).
L'orientalisme moderne naît avec deux événements. La campagne d'Égypte de Bonaparte (1798-1801) inaugure une fascination scientifique : la Description de l'Égypte (1809-1822, 23 volumes) accompagnée de gravures monumentales révèle à l'Europe l'Égypte antique et contemporaine. Vingt ans plus tard, l'indépendance de la Grèce (1821-1830) puis la conquête française d'Alger (1830) ouvrent les portes du Maghreb. Le voyage en Orient devient une étape rituelle de la formation artistique.
Le romantisme est le premier courant pictural à s'emparer du sujet. Eugène Delacroix (Delacroix) effectue en 1832 un voyage décisif au Maroc et en Algérie avec la mission diplomatique du comte de Mornay. Il en rapporte des centaines de croquis et plusieurs chefs-d'œuvre : Les Femmes d'Alger dans leur appartement (1834, Louvre), La Noce juive au Maroc (1839), Les Convulsionnaires de Tanger (1838). Ces œuvres fixent un type : l'orientalisme romantique aux couleurs intenses et au mouvement passionné.
À partir des années 1850-1860, un second orientalisme se développe, plus académique, plus documentaire, lié à l'historicisme ambiant. Jean-Léon Gérôme (1824-1904) en est la figure dominante : ses Bain turc (1870), Le Charmeur de serpents (1879), Le Marché aux esclaves (1866) déploient un fini photographique, des architectures précises (carreaux de céramique, moucharabiehs, vasques), et une sensualité froide qui fascine et trouble. Son orientalisme prétend à l'exactitude ethnographique mais reste une mise en scène pour le regard occidental.
D'autres figures complètent le panorama français : Eugène Fromentin (peintre-écrivain, Été dans le Sahara 1857), Théodore Chassériau (orientaliste sensuel et poétique), Horace Vernet (peintre des conquêtes algériennes), Léon Belly (Pèlerins allant à La Mecque, 1861), Charles-Théodore Frère, Benjamin-Constant.
L'orientalisme est un phénomène européen. En Angleterre, John Frederick Lewis (1804-1876), installé au Caire pendant dix ans, peint des intérieurs orientaux d'une précision miniaturiste extraordinaire ; William Holman Hunt (préraphaélite) part en Palestine pour peindre des sujets bibliques en costume historique exact ; Edward Lear (poète et peintre voyageur) parcourt la Méditerranée. En Allemagne, Carl Spitzweg, Carl Friedrich Heinrich Werner, Adolf Schreyer. En Italie, Cesare Biseo, Alberto Pasini (longtemps actif à Constantinople). Aux États-Unis, Frederic Edwin Church (Church) peint Petra et la Palestine ; Edwin Lord Weeks s'installe en Inde et au Maroc.
Quatre grands types de scènes structurent l'imaginaire orientaliste. D'abord les scènes de harem et bains turcs : intérieurs féminins fantasmés (les peintres occidentaux n'y ont pas accès), nus alanguis, esclaves noires, narghilés, étoffes précieuses. Ensuite les scènes de marché et de rue : médinas, souks, charmeurs de serpents, marchés aux esclaves, foules colorées, animaux exotiques. Puis les paysages et architectures : pyramides, mosquées, ruines antiques, oasis, désert. Enfin les scènes religieuses : pèlerins de La Mecque, prière collective, derviches tourneurs, sujets bibliques replacés dans le décor exact du Levant.
Trois traits distinguent l'orientalisme. D'abord la palette chaude : ocres, roux, oranges, bleus profonds, couleurs intenses contrastant avec la pâleur du nord européen. Ensuite la précision documentaire apparente : étoffes, armes, céramiques, architectures peintes d'après objets rapportés et études de voyage. Enfin la mise en scène théâtrale : composition étudiée, éclairage dramatique, sensualité ou violence montrées au regard.
Depuis Edward Said (Orientalism, 1978), l'orientalisme pictural est lu de manière critique comme un regard colonial : l'Orient y est figé, exotisé, sexualisé, déshistoricisé pour répondre à la consommation visuelle occidentale. Les expositions récentes (Musée d'Orsay 2014, Institut du monde arabe à Paris) tentent une historicisation équilibrée : reconnaître à la fois la qualité picturale de Delacroix ou Lewis, et les biais idéologiques d'une représentation construite depuis l'Europe.
L'orientalisme se prolonge jusqu'au début du XXe siècle (Matisse au Maroc en 1912-1913, Klee en Tunisie en 1914) avant d'être absorbé par la modernité abstraite. Aujourd'hui, le Musée d'Orsay, le Louvre, le Walters Art Museum à Baltimore et le musée Mathaf à Doha en conservent les chefs-d'œuvre — souvent dans une présentation critique de leurs présupposés idéologiques.
L'orientalisme est le courant pictural européen qui, du début du XIXe siècle aux années 1900, prend pour sujet l'Orient — Maghreb, Empire ottoman, Égypte, Proche-Orient, Inde — vu et imaginé par les peintres occidentaux. Il accompagne l'expansion coloniale et nourrit un imaginaire de mystère, luxe, violence et sensualité.
Eugène Delacroix (voyage au Maroc en 1832), Jean-Léon Gérôme (figure dominante de l'orientalisme académique), Eugène Fromentin, Théodore Chassériau, Horace Vernet en France. John Frederick Lewis en Angleterre. Frederic Edwin Church et Edwin Lord Weeks aux États-Unis.
L'orientalisme romantique (1820-1850, Delacroix, Chassériau) privilégie la couleur intense, le mouvement passionné, la touche libre. L'orientalisme académique (1850-1900, Gérôme, Lewis) privilégie un fini photographique, une précision ethnographique apparente, une mise en scène théâtrale, dans le sillage de l'historicisme.
Quatre grands types : scènes de harem et bains turcs, scènes de marché et rue (médinas, souks, charmeurs de serpents), paysages et architectures (pyramides, mosquées, désert), scènes religieuses (pèlerins de La Mecque, prière, derviches, sujets bibliques relocalisés).
Depuis le livre d'Edward Said Orientalism (1978), l'orientalisme pictural est lu comme un regard colonial qui fige, exotise, sexualise et déshistoricise l'Orient pour la consommation occidentale. Les expositions récentes proposent une historicisation équilibrée reconnaissant la qualité picturale tout en pointant les biais idéologiques.