Période Edo (Japon)
1603 – 1868
1603 – 1868
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La période Edo désigne les 265 années durant lesquelles le Japon a été gouverné par le shogunat Tokugawa, depuis l'établissement de Tokugawa Ieyasu en 1603 jusqu'à la restauration impériale Meiji en 1868. Pendant cette parenthèse historique, l'archipel se ferme presque entièrement aux échanges extérieurs (politique du sakoku) et développe une culture picturale d'une originalité remarquable, dont l'influence sur l'art mondial sera massive après son ouverture forcée au milieu du XIXe siècle.
La période doit son nom à Edo, l'ancien nom de Tokyo, capitale du shogun. Mais la création picturale ne se concentre pas dans cette seule ville : Kyoto, Osaka et plusieurs centres provinciaux conservent des écoles vivaces. C'est cette diversité d'écoles, plus que toute autre caractéristique, qui définit la peinture d'Edo.
Fondée au XVe siècle et dominante à la cour shogunale pendant toute la période Edo, l'école Kanō produit l'art officiel du pouvoir militaire. Ses peintres réalisent les paravents (byōbu) et les portes coulissantes (fusuma) qui décorent les châteaux et les résidences seigneuriales. Le style Kanō combine la rigueur du dessin chinois (kara-e) avec la décoration japonaise traditionnelle (yamato-e) : compositions monumentales, fonds dorés, motifs de pins, de tigres ou de scènes mythologiques.
Kanō Eitoku (1543-1590), à la charnière entre Momoyama et Edo, fixe la formule. Kanō Tan'yū (1602-1674) la perpétue à la cour shogunale. L'école Kanō devient une dynastie de peintres officiels qui transmet ses techniques de père en fils sur dix générations.
Plus libre et plus poétique, l'école Rinpa se développe en marge du pouvoir, dans les milieux marchands cultivés de Kyoto. Tawaraya Sōtatsu au début du XVIIe siècle puis Ogata Kōrin (1658-1716) en développent la formule : compositions audacieuses, fonds d'or et d'argent, motifs floraux stylisés (iris, glycines, prunus en fleur), lavis d'encre maîtrisés. Les Iris de Kōrin (musée Nezu, Tokyo) figurent parmi les sommets décoratifs de la peinture mondiale.
Sous influence chinoise renouvelée, le Nanga (« peinture du sud ») ou Bunjinga (« peinture de lettrés ») émerge au XVIIIe siècle. Ses adeptes — Ike no Taiga (1723-1776), Yosa Buson (1716-1784), poète de haïku autant que peintre — adoptent les conventions de la peinture lettrée chinoise : pinceau spontané, encre monochrome, paysages méditatifs. C'est une peinture d'élites cultivées, parfois excentriques.
Mais la révolution majeure d'Edo est l'ukiyo-e — littéralement « image du monde flottant » — qui désigne d'abord une peinture, puis surtout les estampes xylographiques diffusées en masse à partir du milieu du XVIIIe siècle. Ce monde flottant, c'est celui des plaisirs urbains : quartiers de divertissement, théâtre kabuki, courtisanes, lutteurs de sumo.
Les grands maîtres de l'estampe : Suzuki Harunobu, Kitagawa Utamaro pour les portraits de femmes, Tōshūsai Sharaku pour les portraits d'acteurs, et surtout les deux géants du paysage — Katsushika Hokusai (1760-1849), auteur des Trente-six vues du mont Fuji incluant la célébrissime Vague (vers 1831), et Utagawa Hiroshige (1797-1858) pour ses Cinquante-trois stations du Tōkaidō.
Quand le Japon s'ouvre à l'Occident en 1853, l'arrivée massive d'estampes ukiyo-e en Europe provoque un choc esthétique majeur. La planéité des compositions, les cadrages audacieux, l'usage des aplats colorés et l'absence d'ombre influencent directement les impressionnistes puis les post-impressionnistes — Vincent van Gogh collectionne et copie Hiroshige, Paul Gauguin en intègre les leçons, Whistler, Manet et Degas s'en inspirent ouvertement.
La période Edo offre l'exemple unique d'une grande civilisation picturale qui se développe dans un quasi-isolement, atteint une singularité formelle exceptionnelle, puis transforme l'art mondial après sa découverte. Elle pose aussi la question, aujourd'hui féconde, des relations entre tradition et modernité, art populaire et grande peinture, image multiple (estampe) et œuvre unique. Les estampes ukiyo-e restent parmi les images les plus reconnaissables et reproduites de toute l'histoire de l'art.
La période Edo s'étend de 1603 (établissement du shogunat Tokugawa par Tokugawa Ieyasu) à 1868 (restauration impériale Meiji), soit 265 années. Elle prend son nom de la capitale shogunale Edo, qui deviendra Tokyo en 1868.
L'ukiyo-e (littéralement « image du monde flottant ») est un genre pictural et surtout un mouvement d'estampes xylographiques popularisé à partir du XVIIIe siècle. Il représente les plaisirs urbains de la bourgeoisie d'Edo : courtisanes, acteurs de kabuki, paysages, scènes de la vie quotidienne. Hokusai et Hiroshige en sont les maîtres les plus connus.
Quatre écoles dominent : l'école Kanō (peinture officielle du shogun, paravents dorés), l'école Rinpa (décorative et poétique, à Kyoto), le Nanga ou Bunjinga (peinture de lettrés d'inspiration chinoise) et l'ukiyo-e (peinture et estampes du monde urbain). Chacune correspond à un public et à un statut social différents.
Quand le Japon s'ouvre en 1853, les estampes ukiyo-e arrivent massivement en Europe. Leurs caractéristiques — aplats colorés, cadrages audacieux, planéité, absence d'ombre, lignes calligraphiques — fascinent les artistes occidentaux. Ce japonisme influence directement Manet, Degas, van Gogh (qui copie Hiroshige) et Gauguin.
La Grande Vague de Kanagawa, première planche des Trente-six vues du mont Fuji de Hokusai (vers 1831), est probablement l'image japonaise la plus reconnue dans le monde. Elle figure une vague gigantesque qui s'apprête à submerger trois barques, avec le mont Fuji minuscule à l'horizon.