View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara — Philipp Hackert (1803) — oil on canvas, Cleveland Museum of Art

View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara

Par Philipp Hackert · 1803 · Peinture à l'huile

Philipp Hackert, peintre paysagiste germanophone actif en Italie, réalise en 1803 View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara, une vaste peinture à l'huile représentant un point de vue panoramique sur le golfe de Pouzzoles depuis les contreforts de la Solfatare, un volcan fumeur près de Naples. L’œuvre, mesurant 146 × 190 cm, allie précision géologique et composition classique, témoignant de l’intérêt des artistes du Grand Tour pour les paysages volcaniques du sud de l’Italie. Sa maîtrise de la lumière et sa dimension scientifique en font une pièce remarquable du paysage néoclassique européen.

Que voit-on dans View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara ?

L’œuvre présente une vue en plongée depuis un promontoire rocheux, dominant le golfe de Pouzzoles. Le premier plan est occupé par des formations volcaniques brunes et ocre, des fissures fumantes et des blocs de lave figés, tandis que deux figures locales, vêtues de tuniques sombres, sont agenouillées près d’un soufflet de gaz, observant ou mesurant le phénomène. Le second plan révèle une vallée traversée par un sentier sinueux menant à une petite habitation, puis au rivage où des barques sont amarrées. L’arrière-plan s’ouvre sur une vaste étendue maritime, le golfe scintillant sous une lumière dorée, bordé de collines estompées et d’une ligne d’horizon lointaine. La palette repose sur des tons chauds — ocres, bruns terreux, verts grisés — contrastant avec les reflets bleutés de la mer. La lumière, oblique et matinale, structure les plans en modelant les reliefs et en accentuant la profondeur spatiale. L’horizon est placé haut, favorisant la lecture verticale du paysage depuis les entrailles de la terre jusqu’à l’immensité du ciel.

Iconographie et symbolique de View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara

Ce tableau ne se contente pas de dépeindre un site naturel, il en explore la signification scientifique et philosophique. La Solfatare, manifestation visible de l’activité souterraine, incarne la force tellurique et l’instabilité du sol méditerranéen, un thème fascinant pour les esprits des Lumières. La présence des figures humaines, non pas en posture de frayeur mais d’observation attentive, suggère une approche rationnelle de la nature, en accord avec les préoccupations des savants du XVIIIe siècle étudiant la volcanologie. Le paysage devient ainsi un theatrum naturae, un lieu de connaissance où l’homme tente de percer les lois géologiques. Ce type de représentation s’inscrit dans une tradition remontant à l’œuvre de Pierre-Henri de Valenciennes, dont les paysages historiques associent rigueur topographique et dimension morale. Ici, le choix du site n’est pas anodin : Pouzzoles, située dans la région du Champ Phlégréen, était associée dans l’Antiquité au monde infernal — on y localisait l’entrée des Enfers selon la légende de la Sibylle de Cumes. Hackert actualise cette mémoire mythologique sans la figurer directement : le souffle terrestre, le sol brûlant et l’atmosphère chargée évoquent discrètement les regna Cocytique, renvoyant à Virgile ou à l’Énéide. L’œuvre fonctionne donc comme une allégorie de la nature à la fois créatrice et destructive, observée désormais à travers le prisme de la science moderne.

Technique et style : comment Philipp Hackert a peint View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara

Hackert utilise la peinture à l’huile sur toile, avec une facture soignée et une grande attention aux effets de matière, notamment dans le rendu des roches volcaniques, traitées avec des touches épaisses et granuleuses, contrastant avec les surfaces lisses de la mer et du ciel. Le geste pictural est maîtrisé, précis, sans emphase expressive, en accord avec les principes du néoclassicisme paysager. La composition suit une structure en gradins, typique des paysagistes formés à la tradition italienne, proche de celle de Claude Lorrain, bien que débarrassée de tout élément narratif mythologique dominant. La palette, dominée par les terres de Sienne, les ombres brûlées et les verts assourdis, renforce l’impression de réalisme géologique. L’éclairage, très travaillé, utilise des dégradés subtils pour moduler les volumes et créer une atmosphère lumineuse crédible. Comparé à ses contemporains comme Jacob Philipp Hackert — dont il est parfois confondu, bien qu’il s’agisse du même artiste — ou à Caspar David Friedrich, Hackert se distingue par son refus du romantisme exacerbé : son approche reste ancrée dans l’observation directe, proche des méthodes des dessinateurs de terrain comme Pierre-Jacques Volaire, qui a également représenté les éruptions du Vésuve.

Histoire et postérité de View of the Gulf of Pozzuoli from Solfatara

Peinte en 1803, au crépuscule de la carrière de Hackert, cette œuvre s’inscrit dans un contexte de fascination européenne pour les phénomènes naturels du sud de l’Italie, alimentée par les récits de voyageurs du Grand Tour. Hackert, installé à Naples depuis les années 1780, était proche de la cour des Bourbons des Deux-Siciles, bien que l’identité du commanditaire de cette toile reste discutée. L’œuvre reflète l’intérêt croissant pour les sciences naturelles, coïncidant avec les travaux de géologues comme Giovanni Battista Brocchi. Conservée aujourd’hui au Cleveland Museum of Art, elle a fait l’objet d’une restauration moderne visant à réduire le jaunissement de la couche de vernis, restituant la clarté initiale des tons marins. Elle a été exposée lors de plusieurs rétrospectives sur le paysage européen au XVIIIe siècle, notamment à Dresde en 2005 (Les Alpes et le Soleil : le paysage italien dans l’art européen, 1750–1820). Sa postérité réside dans sa capacité à marier exactitude scientifique et harmonie picturale, influençant indirectement les paysagistes du XIXe siècle soucieux de documenter le monde naturel, comme les membres de l’École de Barbizon, bien que dans un registre plus poétique.

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Sources et références

  • Cleveland Museum of Art
  • Source primaire : cleveland

Image : Mr. and Mrs. William H. Marlatt Fund — CC0