L’œuvre présente deux éléments centraux suspendus à un mur de pierre sombre : à gauche, un lièvre brun clair aux oreilles pendantes, les yeux mi-clos, la gueule légèrement entrouverte, pend par une corde passée autour d’une patte arrière ; à droite, un gigot d’agneau trône, enveloppé d’un filet blanc, sa chair rose tranchant avec la graisse blanche. En contrebas, un panier de vannerie contient des légumes : carottes, oignons, navets, ainsi qu’un couteau à lame effilée. Un bouquet de persil frais repose près du lièvre. La composition est structurée en deux plans : le premier, occupé par le panier, est légèrement en retrait, tandis que les deux sujets principaux dominent le second plan. La lumière, oblique et froide, provient de la gauche, soulignant les textures — fourrure, peau, tissus, écorce des légumes — avec une précision quasi tactile. La palette, dominée par les bruns, ocres, roux et verts profonds, est rehaussée par des touches de blanc et de rose.

Un lièvre et un gigot d'agneau
Par Jean-Baptiste Oudry · 1742 · Peinture à l'huile
Peinte en 1742 par Jean-Baptiste Oudry, Un lièvre et un gigot d'agneau est une nature morte à l'huile qui s'inscrit dans la tradition des trophées de chasse. Cette œuvre de grand format (118 × 92,5 cm), conservée au Cleveland Museum of Art, dénote par son réalisme minutieux et sa composition équilibrée. Elle témoigne de la maîtrise d’Oudry dans la représentation animale et végétale, au croisement de l’observation naturaliste et des codes esthétiques de l’époque. Sa facture précise et son traitement lumineux en font une pièce marquante du XVIIIe siècle français.
Que voit-on dans Un lièvre et un gigot d'agneau ?
Iconographie et symbolique de Un lièvre et un gigot d'agneau
L’œuvre s’inscrit dans la tradition des natures mortes de chasse, genre prisé à l’époque moderne pour sa capacité à allier réalisme et symbolique. Le lièvre, souvent associé à la vigilance et à la fertilité, mais aussi à la mort par la chasse, incarne ici la proie domestiquée, figée dans une posture ambiguë entre repos et agonie. Son regard mi-clos évoque une conscience trouble, presque métaphysique, de sa condition. Le gigot d’agneau, quant à lui, peut suggérer une double lecture : d’un côté, la richesse culinaire et la maîtrise de la nature par l’homme ; de l’autre, une possible référence christique, l’agneau symbolisant traditionnellement le sacrifice rédempteur. Cette dualité entre abondance et mort rappelle les vanités, où la beauté du monde est tempérée par la précarité de la vie. Le couteau, objet de transformation, introduit l’idée de passage du vivant à l’alimentaire. Les légumes, symboles de saisonnalité et de cycle agricole, renforcent ce thème de la nature domestiquée. Comparé à des œuvres comme Nature morte avec un lièvre de Snyders ou certaines compositions de Chardin, Oudry s’écarte d’une simple esthétique de luxe pour insuffler une dimension contemplative, presque dramatique, à la scène.
Technique et style : comment Jean-Baptiste Oudry a peint Un lièvre et un gigot d'agneau
Réalisée à l’huile sur toile, l’œuvre manifeste une technique picturale rigoureuse, caractéristique de la précision académique d’Oudry. Le peintre, connu pour ses portraits d’animaux et ses scènes de chasse, déploie ici un traitement minutieux des matières : la fourrure du lièvre est rendue par des touches courtes et superposées, tandis que la chair de l’agneau joue sur des glacis roses et translucides pour suggérer la fraîcheur. Le filet blanc est peint avec une finesse extrême, chaque maille suggérée sans excès de détail. La lumière, froide et directionnelle, sculpte les volumes sans recourir au clair-obscur dramatique du baroque, mais en s’inspirant d’une esthétique classique épurée. La composition, symétrique et équilibrée, reflète l’ordre rationnel des Lumières naissantes. Oudry, proche à la fois de la tradition flamande par son réalisme et de la sensibilité française par sa retenue, s’inscrit dans un courant naturaliste qui préfigure les préoccupations des naturalistes du XIXe siècle. On peut rapprocher cette facture de celle de Jean-Baptiste-Siméon Chardin, bien que chez Oudry, l’accent soit davantage mis sur la représentation animale que sur les objets domestiques.
Histoire et postérité de Un lièvre et un gigot d'agneau
Datée de 1742, cette œuvre a été réalisée à une période où Oudry, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, est sollicité pour ses talents de peintre animalier, notamment par la cour de Louis XV. Il est alors chargé de plusieurs séries de tapisseries pour les manufactures royales, notamment celles des Histoires de chasse. Un lièvre et un gigot d’agneau pourrait s’inscrire dans ce contexte, bien que l’identité du commanditaire reste discutée. L’œuvre n’apparaît pas dans les archives royales avec certitude, et sa provenance avant le XXe siècle est mal documentée. Elle entre dans la collection du Cleveland Museum of Art en 1952, sans que les circonstances d’acquisition soient entièrement élucidées. Aucune restauration majeure n’est répertoriée récemment, mais la toile est en bon état de conservation. Exposée ponctuellement dans des rétrospectives sur la nature morte française, notamment à Paris en 2003 (La Nature morte en France, XVIIe–XIXe siècle), elle est régulièrement citée comme exemple de naturalisme éclairé, marquant la transition entre le baroque flamand et la peinture scientifique des Lumières.
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Questions fréquentes
Qui a peint Un lièvre et une patte d'agneau ?
Jean-Baptiste Oudry, peintre français rococo du XVIIIe siècle, est l'auteur de cette nature morte. Spécialiste des scènes animalières, il réalisa l'œuvre en 1742. Elle reflète son talent pour le réalisme anatomique.
Quand Un lièvre et une patte d'agneau a-t-elle été réalisée ?
L'œuvre date de 1742, période mature de la carrière d'Oudry sous Louis XV. Elle s'inscrit dans le contexte du rococo français. Aucune commande spécifique n'est documentée.
Où voir Un lièvre et une patte d'agneau aujourd'hui ?
La peinture est conservée au Cleveland Museum of Art aux États-Unis. Elle fait partie de la collection permanente de peinture européenne. Des visites virtuelles sont disponibles en ligne.
Quel est le sujet de Un lièvre et une patte d'agneau ?
Il s'agit d'une nature morte représentant un lièvre chassé et une patte d'agneau, symboles de vanité et de provision. Oudry met l'accent sur le détail réaliste sans narration explicite. Cela évoque la tradition des trophées de chasse.
Pourquoi Un lièvre et une patte d'agneau est-elle importante ?
Cette œuvre illustre la maîtrise d'Oudry en peinture animalière et nature morte rococo. Elle bridge les influences flamandes et françaises du XVIIIe siècle. Exposée au Cleveland Museum, elle contribue à l'étude des vanités européennes.